Cocorosie, la came qui te scotche le crâne

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Pour certains, CocoRosie est un groupe psychédélique nord-américain formé en 2003 par les sœurs Bianca (Coco) et Sierra (Rosie) mêlant des sonorités lyriques, gospel ou bien encore hip-hop. Pour d’autres, c’est une puissante drogue réservée aux plus coriaces d’entre nous…

Là où j’ai grandi, l’ennui, c’est parfois un magnum 347 parfumé au lavandin qui met une balle en pleine tête. Donc pour tuer le temps, et par instinct curieux, j’ai souvent pris ce qu’on me tendait assis au lavoir, sur un banc ou un toit de mon royaume natal. C’est de cette manière que j’ai commencé à m’envoyer en l’air avec toutes sortes de cames. Laissez- moi vous conter l’une de ces histoires…

I. L’Excuse

Jeudi début de soirée. Coincé dans mon village paumé, j’ai 17 piges ; un jouvenceau naïf presque imberbe ne connaissant pas encore la sodomie, les livres de John Fante et les murs blancs de la salle d’attente de Pôle emploi. Demain il y a lycée, mais je n’ai pas la tête à penser à cette mal baisée de madame Tiro et à son contrôle d’italien, ni à faire la vaisselle de maman. J’ai des problèmes existentiels de boutonneux. J’enfile une veste puis claque la porte de chez moi en criant « je sors faire un tour, j’la fais en rentrant promis ! ». « C’est ça p’tit con ! » me répond-elle pleine d’amour envers son branleur d’ado. Elle n’insiste pas, une mère sent quand un de ses louveteaux a besoin de solitude.

Tête baissée, j’erre dans l’obscurité aux pas d’un condamné à mort détenant le monopole de la tristesse. Ce soir, j’ai comme des centaines de pics à glace plantés dans mon petit cœur. Ma douce Laë titia vient de me quitter par texto : « J’vais t’faire bouffer tes couilles sale fils de pute !!! » m’a-t-elle écrit. Le message est plutôt clair. Certes, je ne peux que m’en prendre à moi-même et à ma verge cé rébrale un peu trop sociable, mais la douleur ne ne connait pas la raison.
Lors de mon premier chagrin d’amour, j’ai fait ce que beaucoup d’homme font, j’ai commencé à boire. Au deuxième, je me suis mis à écrire des poèmes. Et ce soir, afin d’oublier son sourire atomique m’irradiant l’âme, nos confidences alcoolisées, ses courbes glissantes dans lesquelles j’aime m’aventurer avec concupiscence et maladresse, une seule idée me vient en tête : me scotcher le crâne.

II. La quête

Après un vaste tour des ruelles désertiques de mon village provençal à la recherche d’une quelconque distraction, je m’assois sur un banc au milieu d’une place pavée bordée d’oliviers, le genre d’endroit faisant bander n’importe quel touriste en manque de soleil. Ils ne savent pas qu’ici, à part la même chose que la veille, rien ne se passe. L’inadvertance s’est suicidé un samedi soir. Dépité, je tâte le fond de mes poches de fils de prolo. Il ne me reste plus qu’un pétard du mauvais shit de la ville voisine acheté avec trois potes, et ce maigre butin ne m’aidera point dans ma quête. Heureusement, la lumière de la chambre de Ludo au rez-de-chaussée de la maison d’en face est allumée. Dieu m’envoie un signe.

Ludo est l’archétype du looser de campagne. 25 ans au RSA, toujours chez sa mère, sort avec Stéphanie (17 ans) et deale de la dope aux gamins du village en s’inventant une vie de voyou. Entamer une conversation avec lui vous donne des boutons tellement sa connerie est irritante. Mais ce soir, pour avoir ma dose de dopamine, je suis prêt à le trouver sympathique dix minutes. Sourire forcé, ma main tape au carreau de sa fenêtre. L’animal interrompt sa partie de Fifa puis me fait signe de rentrer. Je lui explique la situation…
« – Putain mec, tes potes me doivent déjà un sacré paquet de fric yo ! Et tu veux que je te fasse crédit à toi aussi yo ?!
– T’as tout compris…
Ses yeux me fixe, il ne dit rien, feintant de réfléchir comme si une seule idée potable pouvait sortir de cet être écervelé.
– T’es un connard d’hippie toi yo ?
– Comparé à toi ouais…
– Ok t’as de la chance ce soir j’suis de bonne humeur. Attends deux secondes, j’ai un truc pour toi qu’on m’a filé. »

J’acquiesce de la tête puis je patiente planté en face d’un poster de Scarface. Tony Montana me regarde fixement. « Tu sais que t’as quand même niqué la vie de pas mal de gens avec tes conneries… », lui dis-je exaspéré… Dans ma poche, mon téléphone vibre. Je le sors, un nouveau texto de Laëtitia s’affiche : « Et dit à ta sale PUTE que si j’l’a croise, j’lui ferais aussi bouffer tes couilles vu qu’elle aime ça !!! ». Un sourire amoureux ne peut s’empêcher de
se dessiner sur mon visage, c’est son caractère au sang chaud qui m’a tout de suite séduit chez elle, ainsi que ses petits seins tenant parfaite ment dans le creux de mes mains…
« – Tiens prend ça yo ! Moi je toucherai jamais à cette merde ! m’interrompt Ludo tout juste revenu avec un paquet emballé entre les doigts.
– C’est quoi ?
– Du CocoRosie ! De la came américaine cuisinée dans la baignoire d’un appartement parisien…
– Ok… j’te devrai combien ?
– C’est gratuit la première fois yo ! »
Je le fixe sans rien dire. Ça pue l’arnaque… De la came gratuite… Ce truc va sûrement me rendre accro dès la première prise me dis-je lucide, et je serai obligé de voler la télé de ma mère, ou pire de vendre mon anus à un gros dégeulasse riche pour me faire un peu de fric et apaiser mon manque. Je l’ai vu dans Requiem for a Dream. Sauf que ma mère n’a pas de télé, je finis donc par lui répondre :
« – Merci gros ! »
Ma dose en poche, je ne me fait pas prier pour me barrer. Un trip m’attend.

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III. Le trip

Les pieds dans le vide et le cul posé sur le bord d’un toit des hauteurs du village, j’observe mon royaume natal. La vue domine les ruelles vides et la nature impose le silence. Je suis entre ciel et terre, entre obscurité et lumière des étoiles du passé. Le cadre est parfait. Je sors le paquet, m’enfile ça direct dans les veines, puis regarde le ciel en me confessant « Dieu pardonne moi j’ai pécho ».
L’effet est instantané. Une bouffée de chaleur musicale m’envahit le bide, pour ensuite se disperser dans l’ensemble de mon corps.
C’est jouissif. Des sonorités inattendues de bruits d’eau, de casseroles ou de jouets pour enfants se chevauchent en parfaite harmonie. Autour de moi, les couleurs s’intensifient en se confondant avec la mélodie psychédélique folk transperçant les nuages, je ne distingue plus le réel de l’imaginaire.

En plein trip, plongé dans une nouvelle dimension, Laëtitia n’est plus qu’un souvenir lointain insignifiant. En face de moi, deux sirènes viennent d’apparaître du ciel. Elles semblent être à l’origine de ce gangbang sensoriel se jouant dans ma tête. L’une, la
brune, s’appelle Sierra me chante-t-elle d’une voix lyrique tout en jouant de la harpe. L’autre, la jeune Bianca, a le visage rond d’un ange. Entre deux notes de flûtes, elle pose son flow au rythme de ses percussions frappées. Intrigué par ce tableau à la beauté singulière, je les invite à partager mon dernier pétard pour qu’elles me chantent leur histoire. Je n’ai jamais rencontré de sirène auparavant.
Elles sont sœurs m’expliquent-elles, les dignes héritières d’une artiste d’ascendance native américaine et d’un fermier chaman portant l’esprit du Peyote en lui. Je comprends mieux la grandeur de leur pouvoir. Séparées dès leur enfance, Sierra a vécu avec
sa mère qui déménage souvent. A l’âge de 18 ans, elle part vivre toute seule à New York puis, deux ans plus tard, dans un petit appartement du quartier de Montmartre afin de devenir chanteuse d’opéra. Sans nouvelles depuis des années de Bianca qui a grandi avec leur père dans l’Iowa, Sierra la voit débarquer un jour à Paris au pas de sa porte. Leurs âmes fusionnent, et c’est dans la baignoire de la salle de bain de ce petit appartement que les sœurs vont se mettre à cuisiner de la came en se découvrant sirènes me confient-elles.

Du joli boulot n’ayant rien à envier aux chefs étoilés. Elles ont la recette secrète de ces chants envoûtants, de ces mélodies  sychédéliques vous embarquant dans un trip synesthésique, mystique et cathartique. Ce soir, toujours assis sur le bord de mon toit et les pupilles noires d’effervescence zieutant l’horizon, j’en suis persuadé, je vis un de ces rares instants de grâce, de plénitude que la spiritualité peut vous offrir. J’accède au Nirvana.
Depuis ce jour, même si la première fois a toujours cette saveur unique vous rendant accro, écouter du CocoRosie la tête plongée dans les étoiles et ses songes, ou avec sa muse après une bonne baise, est devenu la meilleur des cames qui me scotche le crâne.
À tester… !

Merlin

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Mis en ligne le 20 mars 2017