Congo-Brazzaville : l’inoubliable coup d’Etat constitutionnel

14364028270_b48c07b634_k
Après trente-deux ans passés à la tête de l’Etat Congolais, Denis Sassou-Nguesso trouve le siège toujours aussi confortable. Le général a modifié la Constitution en octobre dernier et peut désormais rester au pouvoir jusqu’en… 2031 ! Une situation qui en dit long sur l’Etat démocratique du pays et les soutiens du vieux président.

En République du Congo, plusieurs générations n’ont connu que le général Sassou. Arrivé au gouvernement en 1979, l’homme fort de Brazzaville y restera jusqu’en 1992, avant de reprendre le pouvoir par les armes en 1997. Denis Sassou N’Guesso fait parti des dirigeants africains indétrônables tant par leur longévité que par leur habilité à user de leurs réseaux. C’est donc sans surprise que le vieux général a remporté le référendum du 25 octobre dernier lui permettant de modifier la constitution afin de briguer un énième mandat.

Une élection ridicule

En proclamant l’adoption de son référendum avec 92,8% d’opinions favorables, le président congolais pourrait faire sourire n’importe quel honnête homme. Tout dans cette élection semble avoir été arrangé. Le taux de participation porté à 72%, l’interruption des radios comme RFI pendant la dernière semaine du scrutin ou les SMS bloqués afin d’empêcher les manifestations(1).

« Ce référendum a été organisé sur papier mais dans la réalité les Congolais ne se sont pas déplacés pour aller s’exprimer. Le taux de participation est vraisemblablement plus proche de moins de 5% sur l’ensemble de la population » nous confiait par téléphone Guillaume, un résident de Pointe Noire, la capitale économique du pays. Une intuition partagée par l’Agence France Presse qui a noté « l’absence d’attente dans les différents bureaux de vote, à l’exception de celui où a voté le chef de l’Etat, et ce au moment où il est passé »(2).

Pour Maylis, ingénieur agronome français dans un petit village, « si dans les trois grandes villes du pays les Congolais ne se sont guère mobilisés, dans les campagnes c’est le chantage qui a convaincu les électeurs. En promettant la construction de routes ou d’écoles en échange du soutien de la population, le gouvernement a prévenu les opposants : les bons villages seront recomposés au détriment des mauvais élèves. » Classé 152e sur 175 par Transparency international, la corruption gangrène l’ensemble du pays.

Des ressources accaparées par le pouvoir

Avec seulement 4,5 millions d’habitants et des ressources naturelles considérables, ce petit pays d’Afrique centrale dispose de nombreux atouts pour améliorer le sort de ses habitants dont la moitié vit sous le seuil de pauvreté. Mais depuis son indépendance, le pouvoir politique s’est accaparé les ressources du pays.

S’appuyant sur l’ethnie des Mbochi dont lui même est issu, Sassou a placé ses hommes un peu partout dans les administrations et les ministères(3). Fidèles au régime, ces hommes assurent son fonctionnement. Connu pour être le beau père du défunt dictateur Omar Bongo, ces deux chefs d’Etat ont acquis de nombreux biens immobiliers en France grâce à des montages financiers rocambolesques(4).

Depuis 2011, le fils de Sassou est président de la société congolaise d’exploitation du pétrole(5) et son gendre n’est ni plus ni moins que le maire de Brazzaville, la capitale du pays. Vice-président de l’association des maires francophones, celui-ci continue de vanter les mérites du régime auprès de nombreuses personnalités comme Anne Hidalgo, maire de Paris et présidente de l’association.

Une ploutocratie entretenue par la France

Dans un tel contexte, la position française est pour le moins délicate. Habitué de l’Elysée depuis de nombreuses années, le chef d’Etat congolais a longtemps été un interlocuteur clé dans la région. Paris aida notamment le Général à reprendre le pouvoir en 1997 afin de défendre ses intérêts pétroliers(6). Si François Hollande ne pouvait pas reconnaitre par allocution un scrutin si ridicule, l’Elysée a tout de même reconnu au Général Sassou « le droit de consulter son peuple » trois jours avant le scrutin(7). C’est que la France joue gros au Congo. Premier partenaire économique du pays, les entreprises françaises emploient plus de 15 000 personnes dans le pays(8). Et Total, qui exploite 60% du pétrole congolais(9), vient de renégocier son exploitation pour les vingt prochaines années(10).

Enfin, François Hollande a besoin d’un accord rapide sur la crise en République centrafricaine afin de justifier l’envoi des troupes françaises. Une fois de plus bien placé, Sassou se trouve être le médiateur de la crise centrafricaine(11). Raison de plus de ne pas se fâcher avec ce bon vieil ami.

Les Congolais ne pourront donc compter que sur eux-mêmes pour se débarrasser du vieux Sassou. Le peule burkinabé, qui a chassé Blaise Compaoré à la tête du pays depuis 27 ans, est devenu un exemple bien encombrant pour les vieux régimes en place du continent.

Valentin Prélat

(1) « ‘‘La vie est normale à Brazzaville’’ » assure le gouvernement », Le Monde, 20 octobre 2015. (2) « Congo : faible affluence au référendum », BBC Afrique, 26 octobre 2015. (3) « La mbochisation du Congo est une réalité : l’unité nationale est une escroquerie notoire. Blogs Mediapart, 24 décembre 2015. (4) « Le patrimoine des chefs d’Etat africains en France », Le Monde, 31 janvier 2008. (5) « Un scandale de corruption touche le fils du président congolais », Radio France International, 2 mars 2015. (6) Le Canard Enchainé, 18 août 1997. (7) « Congo : la presse africaine dénonce le soutien ‘‘complice’’ de François Hollande au président Sassou-Nguesso », Le Monde, 22 août 2015. (8) Direction générale du Trésor, Ministère des Finances et des Comptes publics, mars 2015. (9) Careers in Africa, Total E&P Congo. (10) « Faut-il désespérer de l’Afrique », L’Expression, 27 décembre 2015. (11) « Le Congo se dit plus engagé que jamais dans son rôle de médiateur en Centrafrique », Centre d’actualités de l’ONU, 2 octobre 2015.

Share on FacebookPartager
Mis en ligne le 02 février 2016