Oxylane : un projet inutile imposé aux portes de Montpellier

36H
À quelques kilomètres au nord de Montpellier, à Saint-Clément-de-Rivière, malgré les protestations d’associations environnementales et de citoyens, se profile un nouveau GPII (Grand Projet Inutile et Imposé). Un de plus. Cette fois-ci, c’est un village sportif se voulant écologique, imposé par Décathlon et soutenu par les pouvoirs publics locaux. 23,5 hectares de terres agricoles vont être accaparées pour développer ce « village Oxylane », calqué sur ceux déjà construits à Rennes ou à Lyon(1). Y seront proposés entre autres de grandes enseignes sportives, de jardinerie, des salles de sport et un accrobranche.

De graves conséquences écologiques

Ce projet fait l’objet d’une hypocrisie totale de la part des politiques qui s’émeuvent des inondations, de plus en plus fortes et récurrentes, évoquant la larme à l’œil le dérèglement climatique, se dédouanant ainsi de toute responsabilité. Or, la violence des crues trouve son origine première dans la bétonisation croissante, puisque le sol devient imperméable. Conjuguée à la mort des sols (surexploitation, engrais chimiques), la situation devient de plus en plus critique : 26 mètres carrés de terre fertile disparaissent chaque seconde en France, souvent de façon irrémédiable(2). Pourtant, Décathlon prévoit d’engloutir sous le béton plus de onze hectares.

La question de l’autonomie alimentaire est également centrale, notamment parce que la ceinture verte de la métropole ne cesse de se réduire. Seuls 16% de la superficie du village Oxylane sera conservée pour l’agriculture(3). Une ville comme Montpellier, en pleine expansion, est incapable d’être autonome sur le plan alimentaire plus de quelques jours. Faut-il attendre une crise alimentaire pour comprendre que l’argent tiré de ces projets inutiles ne se mange pas ?

La recherche du profit au détriment des revendications locales

Il est déplorable de constater qu’une fois de plus, l’écologie est prise en otage par des entreprises ou des politiques qui légitiment leurs projets inutiles en se construisant une façade respectueuse de l’environnement. Et bien évidemment, ceux qui oseront s’opposer à ce greenwashing(4) seront dénigrés par les médias. Mais comment cautionner un projet se voulant écologique lorsqu’il cherche à attiser la consommation et à réduire la part de terres cultivables à quatre malheureux hectares de la superficie exploitée ? De façon générale, les GPII posent, au-delà de la question écologique, le problème de la démocratie, puisque les populations locales ne sont jamais intégrées dans le processus d’élaboration des projets. Au nom de l’étalement urbain, du consumérisme et de la recherche du profit, la question des besoins locaux est totalement écartée, tout comme les protestations d’associations et de citoyens. «Ce que ces projets amènent, c’est la division et le contrôle social de la population, et encore une fois ce sont les paysans qui se retrouvent spoliés par des constructions imposées de force et uniquement destinées aux gens de la ville ayant beaucoup d’argent »(5), avaient souligné de façon très juste des associations mexicaines lors du sommet « Mexique-Europe : ils ne passeront pas ».

La charte de Tunis conteste la « logique de concentration géographique et fonctionnelle qui ne permet pas un développement local équitable, et les mécanismes qui détruisent la survie des petites et moyennes entreprises et le système économique »(6). Oxylane Village illustre parfaitement ce problème : les grandes enseignes occupent une place centrale sur le site, Décathlon – dont les emplois sont précaires – est en situation de monopole autour de Montpellier et le projet de vente de produits en circuit court sera désormais sous contrôle d’Oxylane, menaçant un peu plus les petites entreprises locales.

Affrontons la réalité : ce projet vise à endiguer la baisse de la consommation et du pouvoir d’achat en rapprochant le produit du consommateur. Mais quand cesserons-nous de devoir choisir entre la peste et le choléra ? Il devient absolument indispensable de nous réapproprier notre lieu de vie, d’être acteurs des décisions prises et de promouvoir des alternatives viables, sobres et équitables.

Selma Clausen

Vous pouvez signer la pétition sur le site sos.lez.free.fr sur ou collectif-oxygene.fr

(1) 9 villages Oxylane existent déjà en France, 30 projets sont à l’étude dans le monde.

(2) Frédéric Denhez, Cessons de ruiner notre sol !, Flammarion, 2014.

(3) Selon l’enquête publique, disponible à la mairie de St Clément.

(4) Greenwashing, ou écoblanchiment : procédé de marketing visant à donner à un produit ou une organisation une image respectueuse de l’environnement.

(5) Du Mexique, lettre de soutien à la lutte de Notre-Dame-des-Landes, 30 octobre 2012, San Cristóbal de Las Casas, Chiapas.

(6) Charte de Tunis adoptée le 29 mars 2013 lors du Forum Social Mondial de Tunis par le Forum contre les Grands Projets Inutiles Imposés.

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Mis en ligne le 16 avril 2015