Voyage en Saurélie, ep. 3 : une agente violentée par des policiers pendant le conseil municipal

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Philippe Saurel lors du conseil municipal du 18 mai 2017, juste après que Hinem Goulli l’ait interpellée

Exclusivité Montpellier Poing Info, le 9 juin 2017 — Lors du dernier article, Le Poing vous révélait l’histoire de Hinem Goulli, agente de la mairie qui accuse ses supérieurs hiérarchiques de l’avoir exploitée, harcelée et agressée. Philippe Saurel l’a finalement licenciée deux semaines avant sa titularisation alors qu’elle travaillait à la mairie depuis 2007 et qu’elle est très active dans les réseaux associatifs de Montpellier. Le 18 mai 2017, Hinem Goulli se rend peu avant 19 heures à la mairie pour assister au conseil municipal dans le but d’interpeller Philippe Saurel sur sa situation. Elle affirme s’être alors faite violemment plaquer au sol par des policiers, si bien qu’elle sera conduite aux urgences.

« Philippe Saurel fait mine de ne pas entendre »

Le 30 mai 2017, l’avocate de Hinem Goulli Me Sabine Joseph-Barloy dépose une plainte au procureur de la République dans laquelle elle écrit : « [Hinem Goulli a] ouvert son sac, comme toutes les personnes qui souhaitaient assister au dit conseil, dans le hall de l’hôtel de ville. [Mais] elle est la seule, une fois devant la salle du conseil située au 3ème étage, à qui l’on demande sa carte d’identité. Elle ne comprend pas pourquoi, mais elle la présente et se rend compte que le police (police municipale ?) qui lui réclame ce document tient dans la main, un papier sur lequel est mentionné un nom, qui lui semble être le sien, en tout cas celui sous lequel elle est connue qui n’est pas celui figurant sur sa carte d’identité. Elle est admise dans la salle et reste assise avec le public, cependant un autre policier vient au bout de quelques minutes lui redemander sa carte d’identité, qu’elle présente à nouveau, puis il lui demande de sortir sans lui donner d’explications. Madame Goulli refuse.

La « Marseillaise » retentit puis, avant que la séance ne soit déclarée ouverte, Madame Goulli, tenant dans ses mains le livre écrit par le maire, l’interpelle de manière courtoise et respectueuse : « Monsieur le Maire, c’est un lieu de démocratie ici, j’ai été contrôlée en rentrant, j’ai pris votre livre Réparer la République, je vous ai écrit, j’ai envoyé des mails, je voudrais un rendez-vous ». Ce dernier fait mine de ne pas entendre, voir à partir de [10] minutes [36] secondes la séance du conseil municipal du 18 mai 2017, filmée sur le site internet de la ville de Montpellier. »

« Un arrêt de travail de 5 jours »

Toujours selon Me Joseph-Barloy, « Madame Goulli se retrouve en l’espace de quelques secondes, plaquée violemment au sol, le bras et le poignet « en clé » tordus par trois policiers (municipaux ?). Un vigile (?) se précipite pour aller voir comment va la jeune femme au sol ainsi qu’un élu de l’opposition qui a entendu ce bruit. Les autres élus assis dos tournés et en bas, n’ont pas forcément entendu ou vu la scène, ce qui n’est pas le cas du maire et des élus siégeant autour de lui, situés en hauteur et face au public, comme le montre la vidéo dudit conseil municipal mis en ligne sur le site de la ville. [On entend d’ailleurs Philippe Saurel dire : « C’est sportif ». Fait-il allusion à cette agression ? (voir la vidéo à 11 minutes 35 secondes), ndlr]

Traumatisée, Madame Goulli est conduite au poste de secours quelques minutes plus tard où elle s’évanouit puis est victime de vomissements. Une personne présente appellera les pompiers qui la transporteront aux urgences de la clinique Saint Roch. Le médecin de garde qui l’examine prescrit des anti-inflammatoires afin de calmer les douleurs et la limitation articulaire à l’épaule droite, ainsi que sur les avant-bras et la fosse lombaire. Un arrêt de travail de 5 jours est fixé avec un ITTP [incapacité totale de travail personnel] de 1 jour. Le médecin qui la reverra le 23 mai constatera : une entorse du poignet gauche, avec contusion musculaire, des contractures musculaires cervicales et dorsales, une contusion sur l’épaule droite et un traumatisme psychologique. Ce médecin précise que lesdites lésions nécessitent des soins pendant 21 jours sauf complications. »

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Photos des blessures de Hinem Goulli suite à l’intervention de la police

Une élue s’oppose au maire pour la défendre

Deux heures après l’agression de Hinem Goulli, durant le point 45 de l’ordre du jour portant sur le tableau des effectifs, l’élue d’opposition Sabria Bouallaga demande la parole et défend Hinem Goulli (voir la vidéo à 2 heures 39 minutes et 10 secondes). Elle déclare « Nous avons été plusieurs élus à avoir été interpellé par un agent, je pense que tout le monde sait de qui il s’agit et de qui je parle […] Dans cette affaire, un agent va voir son contrat résilié après des nombreuses années de service […] Il me semble également que cet agent soit en procédure judiciaire avec l’un de vos élus [référence à la plainte pour harcèlement sexuel déposée par Hinem Goulli contre Abdi El Kandoussi, ndlr]. Dans ce contexte, il me semble à mon sens malvenu de remercier un agent comme cela, et inopportun. J’espère ne pas être encore témoin d’un acte désespéré [référence au suicide le 27 mars dernier d’un agent de la mairie, ndlr] ».

Philippe Saurel ne réagit pas et Sabri Bouallaga reprend alors la parole pour expliquer son vote : « Pour ces raisons, nous serons trois à nous abstenir pour le manque de clarté parfois sur ce genre de suppression de poste et cette opacité qui demeure parfois sur ces affaires ». Philippe Saurel répond alors qu’il n’y a « aucune opacité, aucune suppression de poste, il y a la fin d’un contrat », alors que le statut de fonctionnaire stagiaire de Hinem Goulli devait se transformer en une titularisation, comme c’est le cas dans l’écrasante majorité des cas. Philippe Saurel met alors ce point au vote, il y a 2 contre et 6 abstentions, et les élus siégeant autour du maire commencent à s’énerver. Le maire remet une seconde fois le point au vote mais il y a toujours 2 contre et 6 abstentions.

Abdi El Kandoussi prend alors la parole pour dire « qu’il n’a pas totalement compris certaines interventions mais elles sont de toute façon à côté de la plaque», alors qu’il est pourtant l’un des principaux concernés dans cette affaire. Philippe Saurel se moque alors de Sabria Bouallaga en l’applaudissant ironiquement et en lui priant de bien vouloir « étudier les dossiers ». On entend Sabri Bouallaga lui répondre : « vous savez très bien de quoi je parle » (voir la vidéo à 2 heures 43 minutes et 27 secondes). Philippe Saurel recommence une troisième fois le vote et semble s’amuser de la situation. Rien n’est plus drôle, en effet, que la situation d’une femme handicapée en rémission de cancer qui va se retrouver avec 762€ par mois pour élever seule son fils de 8 ans.

Jules Panetier et Arnaud Dufau

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Sabria Bouallaga intervenant au conseil municipal du 18 mai 2017 pour défendre Hinem Goulli

Source : vidéo du conseil municipal de Montpellier du 18 mai 2017, plainte du 30 mai 2017 envoyée par Me Joseph-Barloy au Procureur de la République.

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Mis en ligne le 06 juin 2017